ENNEMI EN VUE ! ENNEMY IN SIGHT !

Deux rives, deux marines, deux regards, un même horizon.
Two shores, two navies, two gazes, one shared horizon.

La « Nelson Touch »

Portrait de l’amiral Nelson par Lemuel Francis Abbott, 1798 (c) NMM Greenwich, London (BCH2889)

La Nelson Touch est une expression tirée d’une lettre écrite par Nelson à Lady Hamilton, et datée du 1er octobre 1805 (à bord du Victory):

I joined the Fleet late on the evening of the 28th of September, but could not communicate with them until the next morning. I believe my arrival was most welcome, not only to the Commander of the Fleet, but also to every individual in it ; and, when I came to explain to them the ‘ Nelson touch ‘ it was like an electric shock. Some shed tears, all approved « – It was new – it was singular – it was simple ! » ; and, from Admirals downwards, it was repeated « -It must succeed, if ever they will allow us to get at them ! You are, my Lord, surrounded by friends whom you inspire with confidence. » Some may be Judas’s ; but the majority are certainly much pleased with my commanding them

Transcrit et publié dans Nicolas, Dispatches And Letters Of Lord Viscount Nelson, 1846,vol.7, p. 60, d’après le manuscrit BL Eg 1614 conservé à la British Library à Londres

J’ai rejoint la flotte tard dans la soirée du 28 septembre, mais je n’ai pu communiquer avec elle que le lendemain matin. Je crois que mon arrivée a été très bien accueillie, non seulement par le commandant de la flotte, mais aussi par chacun de ses membres ; et lorsque je suis venu leur expliquer la  » Nelson touch », ce fut comme un choc électrique. Certains ont versé des larmes, tous ont approuvé «- C’était nouveau – c’était singulier – c’était simple ! » et, de l’amiral jusqu’au matelot, on répétait : « Cela doit réussir, à condition qu’ils nous permettent de les engager ! Vous êtes, monseigneur, entouré d’amis à qui vous inspirez confiance. » Certains sont peut-être des Judas, mais la majorité est certainement très satisfaite de mon commandement.

David Howarth pense que la « Nelson Touch » était un private joke qu’il aurait eu avec Lady Hamilton. Il s’agirait d’un jeu de mot avec le nom de l’amiral français Latouche-Tréville, qui, alors que Nelson faisait le blocus de Toulon, avait publié un rapport affirmant que Nelson « avait fui » devant son escadre. La colère de Nelson à ce sujet est palpable dans ses lettres où il écrit à plusieurs reprises que s’il attrape Latouche-Tréville, il lui fera « manger » son rapport mensonger :

…and by God, if I shall take him he shall eat it. I will give him ‘La Touche’ !

Portrait de l’Admiral Louis-René Levassor de Latouche Tréville (1745-1804).

Nelson avait réussi à trouver le difficile équilibre entre autorité et amitié. Aux yeux de tous, il apparaît comme un homme de confiance. Ses capitaines avaient confiance en lui et la confiance qu’il leur témoignait en retour les rendait également confiants envers eux-mêmes et les uns envers les autres. Via ses capitaines, cette confiance s’étendait jusqu’aux simples matelots et David Howarth nous en explique parfaitement le processus dans l’esprit du matelot du XVIIIe siècle :

« Très peu de marins, à l’exception de ceux du Victory, l’avaient vu, mais tous savaient très bien à quoi il ressemblait : ils connaissaient la manche vide de Tenerife, l’œil aveugle de Calvi, la cicatrice sur son front de la bataille du Nil – de tels souvenirs honorables appartiennent plus souvent aux marins qu’aux amiraux. Et ils connaissaient l’histoire du signal de rappel qu’il refusa de voir à Copenhague, et celle des deux navires espagnols qu’il aborda en personne à la bataille du cap St Vincent. Ils croyaient qu’il était un homme qui les guidait dans le danger, pas celui qui les y envoyait.»

David Howarth, Trafalgar The Nelson Touch, Phoenix, 2003 (rééd. 1969) p. 45.